29.12.2011

16 - Les cauchemars d'Alicia

Alicia et Fatima avaient passé un long moment à arranger ce qui pouvait l'être. Parler ici de nettoyage n'aurait sans doute aucun sens et il ne s'agissait d'ailleurs pas de ça mais plutôt de mettre le plus de bordel possible afin que toutes les traces laissées par Fatima soient absolument et irrémédiablement inexploitables.

Après s'être munies d'une paire de gants, elle commencèrent par déshabiller le cadavre et à l'aide de ciseaux, découpèrent ses vêtements en petits morceaux dont elles se servirent pour étaler le sang dans toute la pièce et en badigeonner les murs et le plafond. Fatima, dans un premier temps, avait émis l'hypothèse de mettre le feu au bureau en utilisant des bouteilles d'alcool afin d'accélérer le processus, mais Alicia était partisanne d'une méthode plus discrète.

Le temps passant, les deux femmes avaient occulté l'acte lui-même ainsi que ses conséquences pour ne s'attacher qu'à la manière la plus efficace de brouiller les pistes, le but étant, bien sûr, de faire en sorte que le policier scientifique le plus chevronné en perde son latin. Pour parvenir à ce résultat, il n'y avait que deux solutions : soit briquer le lieu de fond en comble et, naturellement, trouver le moyen de se débarasser du corps soit, au contraire, de mettre le plus de bordel possible. Une fois la première opération exécutée, elle allèrent prendre, dans les rayons, le plus de produits liquides possibles, détergeants, sauces en boite, alcools, afin d'en disperser le contenu et dans le bureau et sur le cadavre.

Fatima et Alicia sont de retour. Après avoir pris une bonne douche, elles se sont débarasser de leur vêtement. C'est maintenant que la réalité reprend ses droits, que la lucidité se fait jour. Elles se sont enfermées à double tour dans la chambre d'Alicia afin de ne pas être dérangées. Elles voudraient parler, mais elles n'y arrivent pas. Après un tel degré de violence, toute parole est vaine. Du reste, elles ont du mal à prendre conscience de la portée de leurs actes. Des deux protagonistes, c'est certainement Fatima la plus à plaindre. Elle seule sait ce qui s'est passé dans ce bureau. Épuisées, elles ont fini par s'endormir.

Le lendemain, c'est Alicia qui se réveilla la première. Elle fila dans la cuisine afin de faire du café. Les images qui se bousculaient dans sa tête semblaient sortir tout droit du pire des cauchemars.

26.12.2011

La Manœuvre 1

Après deux années d'interruption, Alicia avait décidé de reprendre ses études. Cette idée ne l'enthousiasmait pas des masses mais, d'une certaine manière, elle n'avait pas le choix. Sa vie l'ennuyait à mourir et son père, avec lequel elle vivait, n'arrêtait pas de lui pourrir la vie comme quoi en continuant comme ça, elle n'arriverait jamais à rien. Aussi, depuis la rentrée scolaire, il avait pris l'habitude de venir tambouriner à sa porte dès sept heures du matin histoire de la stresser un peu. Mais Alicia ne craignait pas de prendre son temps. Quotidiennement, et à la même heure, elle se regardait dans le miroir à la recherche de quelque chose qu'elle ne parvenait pas à identifier clairement.

Elle pensait au long chemin qui lui fallait parcourir pour arriver jusqu'à la fac, à ses condisciples dont la plupart la regardait de travers à cause de la différence d'âge. Elle n'avait que deux ans de plus mais cela suffisait pour qu'on la traite en étrangère. Elle n'avait qu'une amie qui s'appelait Irina. Ce n'est pas à la fac qu'elle l'avait rencontré mais dans le café restaurant où elle travaillait de temps en temps afin de mettre un peu de beurre dans les épinards, comme on dit. Irina n'était pas une de ses collègues : c'était une cliente. Elle s'y était rendue d'abord pour déjeuner car elle occupait un poste de vendeuse à plein temps non loin de là dans une boutique de prêt à porter, puis au fil du temps pour y retrouver sa copine. Il leur arrivait de sortir en boîte de temps en temps quand elles avaient un peu d'argent, mais Alicia s'ennuyait toujours. Elle finissait par se dire que rien ne parviendrait jamais à la distraire. Irina la comprenait d'autant mieux qu'elle se trouvait dans la même situation : son boulot l'emmerdait ferme. Elle en avait sa claque de voir défiler des bonnes femmes toute la journée à la recherche d'un truc qui n'existait que dans leur rêve.

Puis un soir, Alicia vit arriver Irina qui tirait une drôle de tête.

- Y'a un problème ?

- Oui.

- À ton boulot ?

- Oui.

- Ben raconte.

- À partir de lundi ils vont me faire bosser à mi temps, deux jours et demi par semaine. Problème de pognon à ce qu'il parait.

- Merde !

- Comme tu dis.

- Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Je sais pas.

- Mais je pensais que ça marchait plutôt bien.

- Pas vraiment. Les gens n'ont plus d'argent ou ils ne veulent plus le dépenser. C'est un peu partout pareil, tu sais. Sauf dans ta branche, peut être.

- On a pas trop à se plaindre, c'est vrai. Y'a du monde pour ainsi tous les jours.

- Bon, allez, faut pas se laisser abattre. On va s'en jeter un ?

- Si tu veux. Je t'invite.

Elle filèrent le long de l'avenue et entrèrent dans un bar. Il était noir de monde. Elles saluèrent, de loin, des gens qu'elles connaissaient et trouvèrent une table de libre dans un recoin. Elles commandèrent deux bières.

- Putain, ça fait vraiment chier.

- Je te comprends.

- Ça m'étonnerait.

- Pourquoi tu fais pas comme moi ?

- C'est-à-dire ?

- Reprendre tes études.

- T'es amnésique ou quoi ? J'ai même pas mon bac. Je vais peut être me tirer d'ici en fait.

- Pour aller où ?

- Je sais pas. J'ai envie de respirer, de voir du pays. Tu devrais peut être faire pareil. Cette ville est vraiment un trou à rats. Oui, je sais, tu vas me dire que tu ne peux pas à cause de ton père.

- Qu'est-ce qu'il ferait sans moi ?

- Et les autres, il font comment ? Ils se démerdent ! À son âge, il pourrait essayer de bosser un peu, non ? Au black, au besoin. Quand on veut, on peut, moi je dis. Et lui, il est bien content de toucher un peu d'argent sans rien faire. Si je te racontais…

- Quoi ?

- Non rien. Tu comprendrais pas.

23.12.2011

15 - Les sommeils d'Alicia

- Allons nous coucher.

- Tu as raison. Je suis fourbue.

Elles eurent beaucoup de mal à grimper les quelques marches qui conduisaient à l'étage. En arrivant devant la porte de la chambre qu'elle avait destinée à Fatima, Alicia repensa à la nuit où elle s'était masturbée dans le couloir en imaginant la scène qui s'était déroulée entre Fatima et son frère.

- Bonne nuit, ma grande.

- Bonne nuit à toi aussi. Je peux venir te réveiller si tu veux.

- C'est pas la peine, je me débrouillerai seule. J'ai l'habitude.

Le lendemain lorsqu'Alicia se réveilla, Fatima était partie. Elle devait avoir une sacrée gueule de bois. Après avoir bu son café, Alicia remonta dans sa chambre et se recoucha. Elle n'avait croisé personne. Ni le chauffeur, ni la bonne, ni la cuisinière. Elle avait un mal de tête épouvantable. Sans vraiment s'en rendre compte, elle s'endormit. Elle fut réveillée par la sonnerie du téléphone, placé sur sa table de chevet. C'était Fatima. Alicia avait beaucoup de mal à comprendre ce qu'elle lui disait. A cause de la fatigue, mais aussi parce que Fatima pleurait. Elle regarda sa montre qui marquait sept heures trente. Alicia avait dormi toute la journée et dehors, il faisait déjà nuit noire.

- Qu'est-ce qui se passe ? Je ne comprends rien de ce que tu dis.

- Il est mort !

- Qui ?

- Viens me chercher.

- Qui est mort ? Qu'est-ce que tu racontes ?

- Je suis au supermarché. Viens.

- Tu as appelé la police ?

- Je ne peux pas appeler la police. Viens, je te dis.

- D'accord. Donne moi l'adresse.

Lorsqu'Alicia arriva, les portes étaient fermées et les lumières étaient éteintes. Elle frappa, mais Fatila ne répondit pas. Elle frappa à nouveau. Fatima arriva en titubant. Elle était couverte de sang. Alicia, en la voyant, poussa un cri qu'elle tenta de réprimer en mettant une main sur sa bouche. Fatima ouvrit et se jeta dans ses bras.

- Aide-moi !

- Qu'est-ce que tu as fait ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Fatima prit la main d'Alicia, l'entraina vers le fond du supermarché et la fit entrer dans un bureau qui ne devait pas mesurer plus de cinq mètres carré. Là, gisait le corps d'un homme. Il ne portait ni pantalon ni caleçon et il avait été émasculé. Une large flaque de sang s'étalait entre ses cuisses. Fatima fixait le cadavre, le regard vide.

- Bordel de merde. Qu'est-ce que tu as fait ?

20.12.2011

14 - Dialogues avec Alicia

- J'ai bien l'impression que tu es encore plus mal en point que moi et je suis une criminelle…

- Arrête avec ça.

- C'est quoi le problème ? Tu préfères les femmes ?

- Non, ce n'est pas ça. Je n'en sais rien. Et je n'ai pas envie d'en parler.

- Qu'est-ce qui te dégoute à ce point ? Mets moi sur la voie que j'essaie au moins de comprendre.

- Il n'y a rien à comprendre. C'est juste que…

- Quoi ?

- Ca me donne envie de vomir, c'est tout. Y'a pas à chercher plus loin.

- C'est un peu bizarre, non ? Ce n'est pas l'effet que c'est censé faire d'habitude.

- C'est comme ça. J'y peux rien.

- Tu n'as jamais été amoureuse ? Ça aurait pu aider.

- A quoi ? A comprendre ou à faire.

- Les deux.

- Non. Ça ne m'est jamais arrivé. J'ai rencontré un type une fois.

- Où ça ?

- Dans un bar. Je me sentais attirée par lui. Enfin, je le croyais.

- Alors ?

- Rien. On ne s'est même jamais parlés. Je pensais pouvoir… Mais c'est plus fort que moi. Ça me révulse. La seule idée de devoir toucher un mec…

- En principe ce n'est pas un devoir.

- En principe, comme tu dis. Bon, changeons un peu de sujet, tu veux bien? Parle moi plutôt de toi.

- Je n'ai pas grand chose à dire. Mon boulot est pourri. Principalement à cause de ce type. Je vis dans un hôtel de merde. Et mon dernier petit ami est un connard. Si toi le fait de toucher un mec te fout la gerbe, moi c'est l'inverse. Il n'est pas encore né celui qui posera la main sur moi.

- Qu'est-ce que tu leur reproches exactement ?

- Je te l'ai dit, non ?

- Pas vraiment. Tu m'as juste dit que le type avec qui tu travailles est un obsédé et que ton ex petit copain est connard.

- C'est la même chose. Je veux dire, c'est le même problème. Ils sont aussi obsédé l'un que l'autre. Tu t'imagines qu'il t'aime pour toi, pour ce que tu es. Ne serait-ce qu'un peu. Et tu t'aperçois qu'ils ne pensent qu'à une chose : te baiser. C'est tout. C'est un peu décevant, tu ne trouves pas ?

- Comment s'appelle-t-il ?

- Qui ?

- Cet ami que je n'ai jamais vu.

- Je ne vois pas l'intérêt de te le dire maintenant. Appelons le X, si tu veux bien. Avec lui, c'était la même chose, ou presque. Quand nous étions ensemble, il ne voulait que baiser, toujours baiser. Moi j'avais envie de faire autre chose. Ne serait-ce qu'aller me balader, par exemple. Mais non ! Il n'en avait jamais assez. Il lui en fallait plus. Encore plus, toujours plus. Ça devenait n'importe quoi.

- Tu ne peux pas généraliser. Ils ne sont pas tous comme ça. Deux mecs, ce n'est pas la terre entière.

- Je pourrai te dire la même chose.

- Non, moi c'est différent. Je n'ai pas eu besoin de coucher pour savoir. La seule vue d'un homme, d'un mâle, suffit à me donner la nausée.

- Tu as raison… Excuse-moi d'avoir insisté tout à l'heure.

- C'est rien.

Il se fait tard, mais ni l'une ni l'autre n'est assez fatiguée pour aller se coucher. Ou elles le sont trop. Alicia propose à Fatima de fumer, mais Fatima préfère boire. Alicia, elle aussi, aime bien boire de temps en temps.

- C'est tout de même dommage, je trouve, cette histoire de… Je crois que j'ai un peu trop bu… Je vais être complètement naze demain pour aller bosser…

- Quelle histoire ?

- Ce dégout que tu éprouves. Il t'empêche de connaitre la véritable excitation, le véritable plaisir. Ca doit être extrêmement frustrant. Moi, par exemple : Les types me foutent la gerbe à cause de ce que je t'ai dit. Il n'empêche que, quelque part, j'ai tout de même envie. Enfin, je crois. Tu comprends ce que je veux dire ? Entre avoir envie et être obsédé, il y a une marge, non ? Je ne leur reproche pas d'avoir envie de baiser. C'est tout à fait compréhensible, et parfaitement humain. Ce qui me saoule vraiment…

- Je crois que j'ai compris.

- Alors que toi… c'est… comment dire… Vraiment chiant. Super chiant, même. Finalement, comparée à toi, je suis quelqu'un de tout à fait normal et tout à fait équilibrée. Je trouve.

- Tant mieux.

- Excuse-moi, je ne sais plus très bien ce que je dis. Je crois que je vais y aller.

- Tu ne vas pas partir maintenant. Reste dormir, il y a une chambre de libre.

- Celle de ta mère ?

- Non. Une autre.

- Tu as de la chance d'avoir de l'argent. Au moins, tu sais que tu ne manqueras jamais de rien. J'aimerais pouvoir en dire autant.

16.12.2011

13 - Un haut-le-cœur d'Alicia

Depuis son départ, sa fuite, Fatima en avait bavé. Elle avait coupé les ponts avec tout le monde, y compris son frère dont elle n'avait aucune nouvelle. Elle ne cherchait d'ailleurs pas à en avoir. Il devait, lui aussi, avoir une sacrée haine, mais pas pour les mêmes raisons. Alicia lui proposa de laisser tomber son travail et de venir vivre avec elle, mais Fatima refusa. Elle préférait gagner son propre argent quitte à supporter l'insupportable. Et puis il y avait son autre frère. Son frère mort. Il lui fallait vivre avec ça.

On entendit du bruit au premier étage. Fatima sursauta. Un rien l'effrayait.

- Qu'est-ce que c'était ?

- Rien. Le chauffeur et la bonne en train de s'envoyer en l'air.

- Ils ne sont pas discrets.

- Parfois, ils laissent même la porte ouverte.

- Tu les as vus ?

- Une fois. Vaguement.

- Elle est comment ?

- De quoi tu parles ?

- Sa queue ? Comment est-elle ?

- Qu'est ce que j'en sais ?

- Ne me dit pas que…

- Quoi ?!

- C'était la première fois ? La première fois que tu en voyais une ?

- Pourquoi ? Tu en as vu combien, toi ? Des centaines ?

- Deux ou trois.

Alicia ne se sentait pas très à son aise.

- Je trouve ça incroyable. Tu es donc vierge ?

- Faut croire. Tu n'as pas autre chose à penser ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Tu veux parler de mon frère ? De mon frère que j'ai tué ?

- Tu n'as tué personne. C'était un accident. On ne t'as pas mis en prison, que je sache.

- Et ça devrait m'empêcher de culpabiliser ? Excuse-moi si j'ai envie de parler d'autre chose.

- De cul ?

- Par exemple. C'est un sujet comme un autre. Il n'a pas de quoi en faire tout un plat.

- Qui en fait tout un plat ?

- Toi.

- Moi ? Je n'en parle jamais.

- Justement. C'est ça qui est inquietant. Toutes les amies que j'ai eues en parlaient.

- Je n'en vois pas l'intérêt.

- Mon dernier fiancé - encore un beau connard celui-là - avait une très grosse queue. J'adorais…

- Arrête, s'il te plait ?

- Pourquoi ?

Alicia éprouva un mal de ventre épouvantable. Et aussi une énorme envie de vomir.

- Tu as déjà sucé…

Fatima n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Alicia se leva brusquement et se dirigea à toute allure vers le cabinet de toilette. Lorsqu'elle en revint un quart d'heure plus tard, après avoir vomi ses tripes, elle était pale comme une morte.

- Je savais bien.

- Tais-toi.

13.12.2011

La Manœuvre, une nouvelle histoire

Puisqu'elle y est Alicia ne va pas s'arrêter en si bon chemin. Elle va, rien que pour vous, écrire une autre histoire. Ça s'appelle : La Manœuvre. De quoi est-ce que ça cause ? Vous le verrez bien. Il y est question d'une pute, d'un mac, d'un maire, d'un conseiller municipal et d'un marchand de fruits et légumes. Elle n'en dira pas plus pour le moment.

12.12.2011

12 - Alicia retrouve Fatima

Alicia vient de fêter ses dix huit ans. Après le double accident survenu plusieurs mois auparavant, Fatima a quitté le lycée. Elle a préféré fuir, quitter ce qui était sa vie et surtout s'éloigner de son autre frère.

Un soir de janvier Alicia, après plusieurs mois d'absence, retourne dans son bar favori. Elle s'installe au comptoir et en regardant autour d'elle, aperçoit Joseph, assis à une table. La patronne a tout de suite repéré son manège et elle insite pour qu'Alicia aille lui parler. Mais elle préférait, et de loin, qu'on lui coupe les deux bras. Comme d'habitude, le bar est plein à craquer, mais il n'y en a pas d'autres à des kilomètres à la ronde. On s'y bouscule aussi à cause du froid. Alicia voit Joseph se lever et sortir, sans doute pour aller fumer une cigarette. Elle le suit du regard. Il semble évident qu'elle est attirée par lui et elle en éprouve une profonde aversion. Alicia finit sa bière, paye et puis s'en va. Elle pense voir Joseph, mais Joseph est parti. Elle rentre donc chez elle.

Dans l'appartement, tout est calme. Sans allumer, elle monte à l'étage. Comme d'habitude, le chauffeur et la bonne sont ensemble. Elle reconnait les râles et les gémissements. Elle se dirige vers sa chambre puis, se ravisant, elle va lentement ouvrir la porte de celle d'Hector, sans vraiment penser qu'on pourrait la voir. Elle regarde le spectacle du couple en train de faire l'amour et éprouve une sensation étrange. Elle pense à Fatima et à son frère. Elle imagine leur dispute, les objets volant en tous sens. Ce qui l'excite particulièrement, c'est la violence de la scène. Elle sent queque chose de chaud couler le long de ses cuisses et n'y tenant plus, elle commence à se caresser. Apercevant le sexe d'Hector, elle détourne la tête, puis ferme les yeux afin de mieux entendre les cris de colère du frère et da sœur. Ne tenant plus sur ses jambes, elle s'assoit, le dos contre le mur. Elle continue à se caresser jusqu'à se faire mal. De l'autre côté de la cloison, elle entend les gémissements de Sylvianne et d'Hector. Leur plaisir est si fort qu'il couvre celui d'Alicia. A peine remise de ses émotions, elle parvient à se mettre debout et gagne sa chambre. Pour la première fois depuis longtemps, elle ne pense à rien et s'endort presque immédiatement.

Un soir, le téléphone sonna chez Alicia. Elle décrocha et entendit la voix de Fatima. Elle n'avait plus donner de ses nouvelles depuis des mois. Elle avait trouvé un boulot de caissière dans un supermarché et habitait dans un hôtel minable, près de son travail. Alicia lui demanda de la rejoindre chez elle. Fatima accepta.

Elle avait une mine affreuse et c'est à peine si Alicia la reconnut. Elle ne disait rien et Alicia n'osait pas troubler le silence. Elle avait l'air épuisée, décomposée. Alicia l'embrassa sur la joue.

- Cela fait longtemps, dit Alicia.

- Très longtemps.

- Tu veux boire, manger quelque chose ?

- Je n'ai pa faim, merci. Tu sais, j'ai un boulot.

- Je sais. Ça se passe comment ?

- Plutôt bien. S'il n'y avait pas cet enculé.

- Qui ça ?

- Le gérant. C'est un vrai connard, un véritable obsèdé. Il passe sa journée à nous foutre la main au cul. Ce type me dégoute. Un de ces quatre…

- Quoi ?

- J'ai vraiment la haine des mecs. A un point que tu n'imagines même pas.

07.12.2011

11 - Alicia apprend une terrible nouvelle

Les cours ont repris. A la fin de la journée, Alicia est allée trouver Fatima pour la prier de l'excuser. Fatima d'abord reste de marbre, puis elle sourit. Alicia se sent rassurée. Elle lui demande si elle a passé de bonnes vacances et prend des nouvelles de son ami. Il est clair qu'elle veut lui parler de quelque chose de bien précis. Fatima lui apprend qu'elle a rompu et que ce type n'est qu'un pauvre imbécile. Fatima est très en colère. Alicia n'ose pas insister davantage.

Quelques jours plus tard, Alicia demande à Fatima si elle veut parler de ce qui s'est passé. Mais Fatima est toujours en colère. Contre son ex-ami et contre ses frères aussi qui lui pourrissent l'existence parce qu'elle les a, soit disant, abandonnés. Et elle ajoute en guise de conclusion : Les mecs sont vraiment tous des cons.

Alicia aurait préfèré ne pas entendre cette phrase. Elle qui était prête à faire un suprême effort sur elle-même.

Pendant plusieurs jours Alicia essaie vainement de parler de ce qui la préoccupe, mais pour Fatima, ce n'est jamais le bon moment. Elle lui propose de venir dans ce bar qu'elle aime, mais Fatima ne veut pas sortir.

Un soir, alors qu'Alicia est dans sa chambre en train d'étudier, elle reçoit un coup de téléphone. Fatima est à l'hôpital. Affolée, elle s'y rend immédiatement ; un agent de police est en faction devant la porte. Elle entre.

Ce que voit Alicia est à peine croyable. Fatima a un bandage autour de la tête et ses deux jambes sont prises dans un plâtre. Elle voudrait lui poser des questions sur ce qui s'est passé, mais Fatima dort. Le médecin, qu'elle interroge, les infirmières et même l'agent ne peuvent rien lui dire. Ce n'est que le lendemain qu'elle obtient des explications de la bouche même de l'inspecteur chargée de l'enquête.

Une violente altercation aurait éclaté entre Fatima et l'un de ses frères. Tous les deux se seraient jetés des objets à la figure et l'un de ces objets aurait atteint le frère à la tempe si violemment qu'il serait mort sur le coup. Son autre frère aurait, alors, pourchassé Fatima qui, prise de panique, se serait enfui de l'appartement et serait tombée dans l'escalier.

Cette histoire était certainement à dormir debout, il n'en restait pas moins que Fatima était bel et bien à l'hôpital et dans un état qui ne pouvait laisser planer le moindre doute sur la véracité des faits. Quant à savoir si elle risquait d'être inquiétée par la justice, l'inspecteur rassura Alicia. La mort de son frère, aussi tragique soit-elle, n'était qu'un terrible et malheureux accident. Cette affaire devait donc être classée dans les meilleurs délais.

Fatima ne put assister aux obsèques de son frère et ne sortit de l'hôpital que trois semaines plus tard.

10 - Les insomnies d'Alicia

Joseph n'était pas un garçon comme les autres. D'abord, il avait un prénom qui amusait Alicia et puis, contrairement à la plupart des gens, il ne souriait jamais et ne parlait pas beaucoup. Avec les autres, il ne faisait aucun effort. Il semblait ne rien chercher, ne rien vouloir. Il entrait dans le bar, s'asseyait à une table, passait sa commande et buvait son verre en regardant dans le vide. Ailicia, elle, ne restait jamais qu'au comptoir. Elle aimait bien ce bar, car c'était un des rares endroits, sinon le seul où elle se sentait relativement à son aise. Les clients étaient plutôt sympathiques et les hommes ne cherchaient pas absolument à la draguer. Comme pour Fatima, c'est par sa discrétion que Joseph attira l'attention d'Alicia. Le parallèle, bien sûr, s'arrêtait là : Il ne pouvait être question de lui adresser la parole. Du reste, Alicia ne parlait à personne et elle préférait, de loin, le contact des femmes.

Alicia préfère se taire. Lorsque quelqu'un l'aborde, il comprend rapidement si elle a envie de donner suite ou pas. Et personne n'insiste. Un simple regard suffit. Malgré son jeune âge, on ne lui pose aucune question et on ne lui fait pas d'histoire.C'est la patronne du bar qui lui parle de Joseph et mentionne son nom. D'après elle, il serait journaliste et travaillerait pour le quotidien régional. Alicia ne cherche pas à en savoir davantage. D'ailleurs, elle ne pose aucune question.

Au bout d'une heure ou deux, il se lève et s'en va, sans avoir parlé à qui que ce soit. C'est aussi ce qui semble le plus étrange aux yeux d'Alicia : il ignore les personnes qui l'entourent et chacun fait comme s'il n'existait pas. Cette capacité à se rendre invisible a quelque chose de fascinant. Alicia ne peut pas s'empêcher d'y penser et sa curiosité est plus forte que son angoisse. La patronne l'a très bien compris, qui trouve tous les prétextes possibles pour lui en parler, bien qu'Alicia semble rester de marbre. Alicia n'a que dix sept ans. La patronne le sait, mais elle se dit que ça n'a pas vraiment d'importance. Ce qui compte, ce n'est pas l'âge, mais les sentiments et lorsqu'on a le sien, la seule chose qui devrait vraiment compter, c'est l'amour. Et puis Joseph n'a que vingt deux ans, ce n'est pas si vieux.

Mais Alicia se demande pourquoi la patronne lui parle de ça. Peut-être est-il de sa famille et cherche-t-elle à le caser. L'amour ? Elle n'en a vraiment rien à faire. Et ce type, elle ne le connait pas et n'a surtout pas envie de le connaitre.

Après être sortie du bar, Alicia aime bien marcher, même lorsqu'il fait froid. Lorsq'elle arrive chez elle, tout le monde est endormi et elle ne court pas le risque de faire une 'mauvaise' rencontre.

Plusieurs nuits durant, elle fait le même rêve : Elle est dans le bar et boit une bière. Joseph est assis à une table, au fond de la salle. L'ambiance est comme d'habitude. Il y a du bruit, mais juste ce qu'il faut. Sauf que… le bar est vide. Ils sont seuls tous les deux. Quelqu'un parle à Alicia. Une personne invisible. Et elle lui répond. Elle n'arrive pas à savoir s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Cette personne pourrait être Joseph, mais c'est impossible puisqu'il est assis au fond de la salle.

Et à chaque fois, ce rêve la réveille et elle pense au sexe d'Hector. Il lui faut du temps avant de se rendormir.

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