12.02.2012
24 - Alicia lutte pour sa survie
Elle finit sa bière et sort pour fumer une cigarette. Elle aimerait avoir des nouvelles de Fatima et ce silence la rend excessivement nerveuse. A-t-elle eu raison de l'obliger à retourner au supermarché ? Elle commence sérieusement à en douter. Il lui semble pourtant que c'était la seule solution. A condition, bien sûr, que Fatima ne craque pas, car elle aussi pourrait avoir des problèmes. Complicité d'assassinat, voilà qui n'est pas rien.
Elle entend la porte du bar s'ouvrir. Elle tourne immédiatement la tête et voit Joseph qui allume une cigarette. Voilà l'occasion pour Alicia de vérifier sa résistance au dégout. Elle s'approche de lui, sourire aux lèvres. Mais Joseph ne semble pas disposer à y répondre. Pourquoi Alicia est-elle attirée par ce type ? Pourquoi lui, pourquoi pas un autre ? Cela aurait été tellement plus simple.
- Salut.
- Salut.
- Tu viens souvent dans ce bar.
- C'est une question ?
- Pas vraiment.
- Tant mieux. Je n'aime pas beaucoup ça, les questions. Je n'aime ni en poser, ni y répondre.
- C'est encourageant.
- Je n'ai aucune raison de l'être.
- Tu m'autorises à te tutoyer, c'est toujours ça.
- J'en ai rien à foutre. Qu'on me tutoie, qu'on me vouvoie, c'est du pareil au même. Mais je n'aime pas faire la conversation. Même, j'ai horreur de ça. Parler me fatigue. Écouter les autres me fatigue tout autant. Te voilà prévenue.
- D'accord.
- Quoi, d'accord ?
- Ca ne me dérange pas. Au contraire. C'est ce que j'apprécie chez toi. Cette sorte d'anormalité. Mais je ne suis pas en reste.
- J'ignorais que tu me connaissais suffisamment pour m'apprécier.
- Le peu que je sais est suffisant. Et je n'ai pas besoin d'en connaitre davantage.
- Je vois.
- Quoi ?
- Rien. Cette conversation me fatigue déjà.
- Sans doute préfères-tu les actes.
- C'est une autre question ?
- Non.
- Tant mieux.
- J'ai envie de te confier un secret. Une chose qui va certainement te surprendre.
- Ca m'étonnerait. Et je peux savoir pourquoi ?
- Parce que.
- C'est une bonne raison. Mais es-tu sûre que j'ai envie de le connaitre ?
- Tu ne seras pas déçu.
- Pourquoi moi ?
- J'ai déjà répondu à cette question.
- J'ai beaucoup de mal à te croire.
- Tu as tord. Laisse-moi t'en livrer la première partie. Tu n'es pas obligé de répondre.
- Tant mieux.
- Une de mes amies déteste les hommes. Chaque fois qu'elle en voir un, elle a envie de le tuer.
- Tu ferais mieux de ne pas continuer. Tes secrets ne m'intéressent pas. Ceux de ton amie encore moins. D'ailleurs, de quel droit les divulgues-tu ? J'aurais honte à ta place.
- Je la connais suffisamment pour être certaine que ça ne la dérange pas.
- Que veux-tu que je fasse de ça ?
- Rien. Mais écoutes la suite. La seconde partie du secret. Et celle-là me concerne directement : Je déteste les queues. Je les arbhorre, je les abomine. Leur seule évocation me soulève le cur, me fout la gerbe. C'est pour cette raison que je n'ai jamais pu coucher avec un garçon. Tu vois, en ce moment j'y pense. Et je sens mon ventre qui se contracte, qui cherche à tout pris à expulser quelque chose.
- J'espére au moins que tu ne vas pas me vomir dessus ?
- Non. Je ne crois pas. Si ça avait du se produire, ce serait fait.
12:43 Publié dans Le Journal d'Alicia | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook |
06.02.2012
23 - Les désirs et les dégouts d'Alicia
Alicia entre dans la cuisine où Marianne boit un verre de lait.
- Tu as déjà terminé ?
- Pardon ?
- Ton ménage…
- A l'instant.
- Hector est rentré ?
- Pas encore.
Marianne la regarde avec un drôle d'air. Elle n'est pas très à l'aise, au contraire d'Alicia.
- Tu m'as l'air bien fatigué, dis-moi.
- Ha bon ?
- Oui. Je me demande ce que tu peux bien faire de tes nuits. Ça ne me regarde pas, remarque bien. Es-tu sûre de dormir suffisamment ? Tu sais, c'est très important le sommeil. Il n'y a rien de mieux qu'une bonne nuit de sommeil. Non ?
- Oui. Sûrement.
Marianne est surprise. C'est peut-être la première fois qu'Alicia lui parle de cette façon et Alicia se rend bien compte de sa surprise. Et de la sienne. Car le constat qu'elle fait ressemble comme deux gouttes d'eau à celui de Marianne.
- Je sors. Je vais faire un tour en ville. Tu as besoin de quelque chose ?
- Non. Je vous remercie.
- Quand tu auras un peu de temps et si tu y penses, donne un petit coup à l'argenterie. Il me semble qu'il y a longtemps que ça n'a pas été fait.
- J'y penserai.
- Merci.
En fait, Alicia n'a pas le cur à sortir. C'est seulement pour tuer le temps en attendant le retour de Fatima - ou, au moins, un coup de téléphone - en admettant qu'elle revienne. Mais Alicia ne veut pas se placer dans cette perspective.
Sans y penser, ses pas la conduisent tout droit vers son bar favori. Comme d'habitude, la salle est pleine. Elle se faufile jusqu'au comptoir et commande une bière. De loin, la patronne lui fait un signe de la main. En retour, elle lui sourit. Le barman lui apporte son verre. Elle le remercie, mais sans le regarder. Elle n'a pas envie de parler. Elle a juste envie de boire sa bière et d'attendre. Après seulement quelques gorgées, l'envie lui prend d'aller aux toilettes. En s'y rendant, elle aperçoit Joseph, assis à sa table, seul, comme à son habitude. Sauf que cette fois, il la regarde. Alicia est si surprise qu'elle manque de percuter un client. Joseph serait donc conscient de la présence d'autres personnes autour de lui ?
Après avoir refermé la porte et s'être assise sur la cuvette, elle se met à penser à quelque chose. Quelque chose qui lui parait un peu fou. D'autant plus fou, que ce à quoi elle pense lui donne habituellement la nausée. Elle se demande comment s'y prendre car la chose est complexe. D'une part il y a du monde et d'autre part il va falloir qu'elle trouve un subterfuge pour discrètement l'attirer dans les toilettes.
L'opération était difficile mais pas impossible. Sans doute passerait-elle pour une je-ne-sais-quoi, mais elle voulait se débarasser de son écurement, de cette obsession qui lui pourrissait la vie.
Elle resta un long moment assise sur la cuvette, jusqu'à ce que quelqu'un frappe à la porte.
- Tout va bien ? Il y a longtemps que tu es là-dedans.
Elle avait reconnu la voix de la patronne.
- Tu m'espionnes ?
- Mais non ! Je m'inquiéte, c'est tout.
Alicia se rajusta et sortit.
- Je vais bien, comme tu peux le constater.
- Tu as vu qui est là ?
- Non.
- Joseph.
- Et alors ?
- Quoi alors ? Tu crois que je ne remarque rien.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
La patronne sourit.
- Comme tu voudras. Tu viens ou tu as l'intention de passer la soirée aux toilettes.
- J'arrive.
Alicia n'a pas de montre. Elle se demande quelle heure il peut être. En pénétrant à nouveau dans la salle, elle fait un petit détour pour passer tout à côté de la table de Joseph. Il est toujours là mais cette fois, il ne lui prête aucune attention. Les sentiments qu'éprouve Alicia sont contradictoires. Désir et dégout se mêlent tout à loisir. C'est un savant mélange qu'elle a du mal à comprendre et à digérer. Elle ne rêve que de pouvoir se comporter normalement avec les hommes mais sans doute est-ce peine perdu.
09:49 Publié dans Le Journal d'Alicia | Lien permanent | Commentaires (0) |
Facebook |


