24.01.2012

La Manœuvre 3

L'hôtel de La Croix Rousse était situé un peu à l'extérieur de la ville. Une jeune femme s'y rendait à pas mesurés. Elle traversa le hall sans un regard pour le concierge, plongé dans la lecture du journal ou d'un mauvais roman policier. Elle prit l'ascenseur et se rendit au troisième étage, chambre 327. L'homme qui lui ouvrit était petit et son crâne commençait à se dégarnir. Il était vêtu d'un peignoir de bain. Elle n'aima pas la façon dont il la regardait et eut envie de faire demi tour mais bien sûr c'était impossible. Sans doute n'était-elle pas encore accoutumée à ce genre de situation ; cela finirait par venir, avec le temps. L'homme était assis au bord du lit. Elle sortit un préservatif de son sac qu'elle lui jeta pour ainsi dire à la figure. L'argent était posé sur la table de chevet ; elle compta les billets et les rangea. Il lui fallait tenir le coup ou le choc ou ce que l'on voudra. Elle vint se placer entre les jambes de l'homme qui aussitôt remonta sa jupe. Elle portait un collant mais pas de culotte. La jeune femme avait un très beau cul. Elle le savait et en était très fière. L'homme lui massa les fesses pendant un long moment puis très lentement fit glisser son collant et embrassa son cul. Ensuite, il la fit se mettre à quatre pattes sur le lit et la baisa, non sans avoir préalablement enfilé le préservatif. Au bout de deux minutes, tout était terminé. L'homme, sans avoir prononcé une parole alla prendre l'air sur le balcon et la jeune femme, déjà rajustée, quitta la chambre.

Un peu plus tard, elle retrouva Alicia dans un troquet.

17.01.2012

La Manœuvre 2

- Nettoyez-moi tout ce bordel, la patron va arriver, dit l'individu.

- Quand ?

- Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Je vous demande de nettoyer, c'est tout. Rangez donc tout ce fatras et alignez-moi ces putains de containers.

- Quoi ? Mais vous n'y pensez pas ! Ça va prendre des semaines !

- Démerdez-vous !

Le marchant de fruits et légumes quitta son échoppe et grimpa dans sa Mercedes gris métallisé flambant neuve. Il venait de s'offrir ce petit bijoux trois semaines auparavant et il en était très satisfait. Il roula le plus tranquillement du monde en direction des docks.

Arrivé dans son bureau qui surplombait les entrepôts il alluma un cigare et déboucha la canette de bière qu'il venait de prendre dans le réfrigérateur. Cinq minutes plus tard, l'individu entra.

- C'est pas trop top.

- Veuillez m'excuser pour le retard, Monsieur.

- Des ennuis ?

- Pas plus que d'habitude. Quelques types un peu récalcitrants à mettre au pas.

- Expliquez-moi ça.

- À quoi bon vous embêter avec des détails.

- Comme vous y allez ! Vous n'êtes pas payé pour réfléchir à ma place, que je sache. Bon ! Contez-moi donc cette histoire.

- Hé bien voilà. Le délégué syndical aurait des revendications à exprimer.

- À quel propos ?

- Des heures de travail.

- Ha ! Et que veut-il ?

- Une augmentation du taux horaire des heures supplémentaires et un allégement de la charge de travail car les ouvriers n'y arrivent plus, à ce qu'il dit.

- Il voudrait donc négocier ?

- Oui.

- Pourquoi non ? Et comment pourrai-je m'y opposer ? Qu'en pense-vous ? Croyez-vous, sincèrement que ces revendications sont justifiées ?

- Ma foi, Monsieur, je ne saurais le dire. Sans doute. Le mieux, je crois, est que vous jugiez par vous-même.

- Certes. Amenez-le moi. Vous ne changerez décidément jamais.

- Pardon ?

- Rien. Vous pouvez disposer.

Il est dix-sept heures trente et la nuit commence à tomber. Le chauffage à été poussé à fond et le marchand de fruits et légumes fait les cent pas dans son bureau. La chaleur est infernale mais il déteste le froid et même, il le craint. Entrouvrant une fenêtre il regarde, au-dehors, les dockers s'affairer. Les grues, lourdement, tournent sur elles-mêmes et les containers montent ou descendent, l'ensemble formant une invraisemblable machine parfaitement huilée.

L'homme qui entra dans le bureau était une sorte de montagne. Mesurant dans les deux mètres, ses épaules étaient si larges qu'il parvint à peine à franchir la porte. Le marchand de fruits et légumes ne s'était pas retourné occupé qu'il était à contempler le spectacle qui se déroulait au-dehors.

- Alors comme ça, il parait que tu as quelque chose à me dire ?

- Oui, Monsieur.

- Assieds-toi, mets-toi à l'aise. Tu veux une bière ?

- Non, Monsieur. Merci.

- Je comprends. Ce n'est pas exactement pour discuter le bout de gras que tu es ici, n'est-ce pas ? Hé bien mais vas-y, je t'écoute, dis ce que tu as à dire.

- Voilà ! Les hommes n'en peuvent plus, Monsieur. Le travail augmente pour ainsi dire de jour en jour. Les marchandises s'accumulent. On a à peine le temps de les stocker que d'autres arrivent…

- C'est plutôt une bonne chose, non ? Mieux vaut ça que le contraire.

- Il nous faut de la main d'œuvre supplémentaire ! De plus, les hommes estiment qu'ils ne sont pas suffisamment payé eu égard au travail fourni.

- Ça ne va pas être facile… Émile, c'est ça ?

- Oui, Monsieur.

- Évidemment, je connais beaucoup de gens qui ne demanderaient pas mieux que de travailler pour moi. Mais ça coûte cher. Le travail ça coûte très cher, tu sais. Bien sûr, on peut toujours trouver des combines et je sais de quoi je parle. Toi aussi du reste. Mais il y a la confiance. Certaines tâches ne peuvent pas être confiées à n'importe qui, si tu vois ce que je veux dire. Nous recevons, ici, certains types de produits qui intéresseraient particulièrement la police si elle en avait connaissance. Heureusement la nature de mes relations avec les autorités ne me font courir aucun danger, du moins jusqu'à présent et pour le moment mais il serait idiot, tu l'admettras, de prendre le moindre risque. N'oublie pas que je ne suis pas tout à fait en très bon terme avec le maire de notre chère ville et que son but n'est autre que de marcher sur mes platebandes. Mais grâce à Dieu, nous avons des appuis et plusieurs longueurs d'avance : Il ne me délogera pas aussi facilement. Tâchons donc de ne pas trop attirer son attention. Donc pour en revenir à ton petit problème, disons que pour le moment je ne peux pas y faire grand chose. Nous verrons donc cela ultérieurement. Que les hommes dont tu as la charge - si j'ose dire - serrent les dents. Je te sens septique : comprends donc que si je me mettais, brutalement, à embaucher du personnel, cela attirerait son attention. Ses sbires ne manquerait pas de rappliquer vite fait et c'est pour le coup que nous serions dans la panade. Agissons donc en toute discrétion. Et pour ce qui est d'une augmentation de vos rémunérations, la situation actuelle ne s'y prête guère. La encore je vous demanderai de patienter.

26.12.2011

La Manœuvre 1

Après deux années d'interruption, Alicia avait décidé de reprendre ses études. Cette idée ne l'enthousiasmait pas des masses mais, d'une certaine manière, elle n'avait pas le choix. Sa vie l'ennuyait à mourir et son père, avec lequel elle vivait, n'arrêtait pas de lui pourrir la vie comme quoi en continuant comme ça, elle n'arriverait jamais à rien. Aussi, depuis la rentrée scolaire, il avait pris l'habitude de venir tambouriner à sa porte dès sept heures du matin histoire de la stresser un peu. Mais Alicia ne craignait pas de prendre son temps. Quotidiennement, et à la même heure, elle se regardait dans le miroir à la recherche de quelque chose qu'elle ne parvenait pas à identifier clairement.

Elle pensait au long chemin qui lui fallait parcourir pour arriver jusqu'à la fac, à ses condisciples dont la plupart la regardait de travers à cause de la différence d'âge. Elle n'avait que deux ans de plus mais cela suffisait pour qu'on la traite en étrangère. Elle n'avait qu'une amie qui s'appelait Irina. Ce n'est pas à la fac qu'elle l'avait rencontré mais dans le café restaurant où elle travaillait de temps en temps afin de mettre un peu de beurre dans les épinards, comme on dit. Irina n'était pas une de ses collègues : c'était une cliente. Elle s'y était rendue d'abord pour déjeuner car elle occupait un poste de vendeuse à plein temps non loin de là dans une boutique de prêt à porter, puis au fil du temps pour y retrouver sa copine. Il leur arrivait de sortir en boîte de temps en temps quand elles avaient un peu d'argent, mais Alicia s'ennuyait toujours. Elle finissait par se dire que rien ne parviendrait jamais à la distraire. Irina la comprenait d'autant mieux qu'elle se trouvait dans la même situation : son boulot l'emmerdait ferme. Elle en avait sa claque de voir défiler des bonnes femmes toute la journée à la recherche d'un truc qui n'existait que dans leur rêve.

Puis un soir, Alicia vit arriver Irina qui tirait une drôle de tête.

- Y'a un problème ?

- Oui.

- À ton boulot ?

- Oui.

- Ben raconte.

- À partir de lundi ils vont me faire bosser à mi temps, deux jours et demi par semaine. Problème de pognon à ce qu'il parait.

- Merde !

- Comme tu dis.

- Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Je sais pas.

- Mais je pensais que ça marchait plutôt bien.

- Pas vraiment. Les gens n'ont plus d'argent ou ils ne veulent plus le dépenser. C'est un peu partout pareil, tu sais. Sauf dans ta branche, peut être.

- On a pas trop à se plaindre, c'est vrai. Y'a du monde pour ainsi tous les jours.

- Bon, allez, faut pas se laisser abattre. On va s'en jeter un ?

- Si tu veux. Je t'invite.

Elle filèrent le long de l'avenue et entrèrent dans un bar. Il était noir de monde. Elles saluèrent, de loin, des gens qu'elles connaissaient et trouvèrent une table de libre dans un recoin. Elles commandèrent deux bières.

- Putain, ça fait vraiment chier.

- Je te comprends.

- Ça m'étonnerait.

- Pourquoi tu fais pas comme moi ?

- C'est-à-dire ?

- Reprendre tes études.

- T'es amnésique ou quoi ? J'ai même pas mon bac. Je vais peut être me tirer d'ici en fait.

- Pour aller où ?

- Je sais pas. J'ai envie de respirer, de voir du pays. Tu devrais peut être faire pareil. Cette ville est vraiment un trou à rats. Oui, je sais, tu vas me dire que tu ne peux pas à cause de ton père.

- Qu'est-ce qu'il ferait sans moi ?

- Et les autres, il font comment ? Ils se démerdent ! À son âge, il pourrait essayer de bosser un peu, non ? Au black, au besoin. Quand on veut, on peut, moi je dis. Et lui, il est bien content de toucher un peu d'argent sans rien faire. Si je te racontais…

- Quoi ?

- Non rien. Tu comprendrais pas.

13.12.2011

La Manœuvre, une nouvelle histoire

Puisqu'elle y est Alicia ne va pas s'arrêter en si bon chemin. Elle va, rien que pour vous, écrire une autre histoire. Ça s'appelle : La Manœuvre. De quoi est-ce que ça cause ? Vous le verrez bien. Il y est question d'une pute, d'un mac, d'un maire, d'un conseiller municipal et d'un marchand de fruits et légumes. Elle n'en dira pas plus pour le moment.